Le Chantier. 12 juin > 25 septembre 2016



« NOUS NE SOMMES PAS DANS LE PAYSAGE »

Ainsi s’affichent, sous la bannière d’une même exposition, trois artistes, trois individus, trois fortes personnalités.
Les chemins de ces artistes se sont croisés, un beau jour on le suppose, à Sitges (Espagne), et ne prétendent ni à la complémentarité, ni au jeu des contrastes, ni à instaurer un dialogue. Ils laissent ce soin au spectateur. Témoignant chacun d’une vitalité énergisante, de la maîtrise des techniques, de l’abstraction au sens de « ne pas prendre en compte » des paysages, et surtout, ose-t-on dire, du plaisir d’exposer ensemble, ils nous offrent un reflet tout à fait actuel, et un brin latino, d’un art contemporain au-delà de nos frontières.

Alice FOURNIER est née en 1966. Après un passage par le design mobilier, elle installe son atelier de sculpture à Sitges. Peut-être cette ville au passé artistique reconnu ne sera qu’une étape. Avant, Alice a vécu, entre autres lieux, au Panama où elle fut pendant six ans pilote d’hélicoptère au service du tourisme de luxe, puis sur d’immenses thoniers, ou pour des compagnies minières. On se plaît à croire que la confrontation au quotidien avec des milieux géographiques et humains souvent hostiles, a ancré en cette belle femme, délicate, l’incessant besoin de se colleter à des matériaux durs tels l’acier corten, le béton, le bois, et que si elle s’emploie à les transmuer dans des formats monumentaux, c’est pour nous restituer de l’énergie des éléments extrêmes qu’elle côtoyait. « J’aime y retrouver les tensions, les forces brutales mais aussi l’équilibre. Toutes ces forces permanentes et indescriptibles par lesquelles le monde se meut finalement. »

Juanma REYES, né en 1976 est originaire de Màlaga (Espagne) où il suit des études artistiques qu’il prolongera à La Corogne. Il expose régulièrement dans les capitales andalouses mais aussi à Barcelone, Valladolid, Madrid, ou à l’étranger : Casablanca, Marrakech, Cologne, Cuba, le Mexique. Il figure dans les collections permanentes des Centres d’art contemporain de Malaga, Piramidon à Barcelone... et nombre d’institutions andalouses.
Installé à proximité de Sitges, son immense atelier voit naître peintures, sculptures et installations à partir des matériaux divers qu’il y accumule. Objets du quotidien, objets obsolètes ou usés, textiles, boutons, outils, et bien sûr couleurs, vives de préférence. Ces objets rescapés auxquels il confère une mémoire, une biographie, se convertissent en sculptures intempestives, en peintures éclaboussantes, ou en d’inattendues installations,«  vanités  » modernes, poésies tactiles qui nous questionnent sur les labeurs, la mémoire, la vie, la mort. Imagination au rendez-vous..

Ivàn de la RIONDA, né en 1966, a vécu à La Habana (Cuba) jusqu’à il y a une quinzaine d’années. Il vit depuis à Sitges, sans avoir pour autant coupé les liens avec Cuba et le continent latino-américain, où il expose régulièrement.
C’est sous le signe de la liberté, avec une grande économie de moyens, que l’on découvre la belle voix calme de ses œuvres et son langage, diaphane mais non sans risques. Tous deux exigent la complicité du spectateur : pour en dévoiler l’essence, les œuvres d’Ivan de La Rionda nous imposent d’être analphabètes pour aborder de nouveaux balbutiements, hors les mots. Elles ne sont pas une interprétation du monde ni de ses changements. Sans rien expliciter, Ivàn harcèle avec obstination les frontières de la vérité. Ses grandes toiles nous laissent avec le sentiment abasourdi, émerveillé, que ces frontières, s’il ne les franchies, il les a souvent abordées .

Vernissage dimanche 12 juin à 11h30